Être "HP" ou "Haut-Potentiel"

Mis à jour : 7 mai 2020

Mercredi 29 avril 2020 a eu lieu une rencontre rare intitulée "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le HP sans jamais oser le demander". Organisée par Jeanne Siaud-Facchin, psychologue clinicienne et psychothérapeute, fondatrice du réseau Cogito'z.*, cette conférence sur Zoom réunissait de façon exceptionnelle dix personnalités (issues de la recherche, de la médecine, du milieu paramédical, scolaire ou associatif), aux avis habituellement divergents pour certains, pour parler des "surdoués". Pour ma part, je dois vous avouer que j'étais assez ignorante sur le sujet, n'ayant jamais eu la chance de l'étudier pendant mon master de sciences cognitives. J'avais cependant déjà eu l'occasion de parler de "HPE", "HPI" et "zèbre" avec quelques amies... Je considérais tout à fait cette qualification à l'âge adulte mais avais quelque peu de mal à l'accepter pour des enfants. Sans doute un biais cognitif lié à mon expérience de professeur de français et de parents quelquefois envahissants avait créé chez moi une certaine méfiance dès que les mots "haut-potentiel" et "surdoué" étaient sortis, tels des excuses irréfutables excusant le comportement de tel ou tel élève. Et pourtant, étant grande défenderesse des élèves à particularité, j'essaie toujours d'accueillir les singularités avec bienveillance...



Comme l'a rappelé justement Jeanne Siaud-Facchin en début de soirée, on ne s'autoproclame pas "haut-potentiel". Cette terminologie repose sur un diagnostic bien précis: avoir un QI > 130 souvent accompagné d'une hypersensibilité hyper aiguisée. (Le QI moyen de la population varie entre 90 et 110.) Les personnes à Haut Potentiel Intellectuel représenteraient 2,3% de la population. Décrits pour la première fois dans les années 70 par Jean-Charles Terrassier, psychologue fondateur de l’ANPEIP (Association Nationale Pour les Enfants Intellectuellement Précoces) les enfants précoces présentent souvent une « dyssynchronie », c’est-à-dire que leur évolution affective n’est pas à la hauteur de leur évolution intellectuelle. Ils ont des émotions et des affects d’enfants de leur âge, alors que leur intelligence est 4 ou 5 ans en avance par rapport à leur âge réel. Au niveau cognitif, leur voie pariéto-frontale plus développée permet une meilleure intégration des données. Leur mémoire de travail, leur mémoire à long terme et immédiate est deux fois supérieure à la moyenne. Ce traitement des informations plus rapide a engendré la célèbre métaphore de « pensée en arborescence ». Ils peuvent avoir une difficulté à inhiber les distracteurs de leur conscience et une grande capacité de concentration à d’autres moments. Au niveau de leur personnalité, ce sont généralement des gens d’une grande ouverture d’esprit, plein de curiosité et de créativité. Leur forte sensibilité peut provoquer une très forte réactivité émotionnelle. Ils sont dotés une grande empathie qui les rend capables de ressentir très fortement les émotions des autres. (cf. neurones miroirs dans mon précédent article) Enfin, les « hauts-potentiels » se posent beaucoup de questions existentielles, se sentent souvent en insécurité qui peut générer en eux une grande anxiété. Les « surdoués » peuvent souvent avoir des troubles d’apprentissage associés ainsi que des troubles psychologiques associés. Leurs parcours scolaires ne sont généralement pas linéaires. Ces bases étant posées, un « tour de table » de plus de deux heures a pu commencer mais ce format n’a malheureusement pas permis de vrai débat. Sans redire tout ce qui a été avancé, j’ai noté ceci: François-Benoît Vialatte, psychologue et chercheur en neurosciences, a rappelé que dans la science les corrélations sont différentes des causalités. Même si une causalité est parfois difficile à établir, une corrélation ne la remplace pas. J’ajouterai d’ailleurs que ce n’est pas parce qu’il y a consensus scientifique qu’une situation est vraie. Il faut donc être très prudent lorsqu’on parle d’études scientifiques. Enfin, il nous a exposé les différences entre psychométrie (tests quantitatifs effectués par les psychologues) et psychopathologie (étude des troubles psychiques par les médecins) ne font pas référence aux mêmes dimensions. Il souhaite réconcilier ces deux dimensions en plaidant pour des tests neurocognitifs sur les « HP » grâce à l’IRMf notamment pour limiter le nombre de biais. Il a aussi expliqué qu’il pouvait exister de grands écartypes dans les résultats aux tests de QI selon la personne qui faisait passer le test. Franck Ramus, chercheur au CNRS propose une terminologie plus neutre et factuelle de « hauts QI ». Je suis d’accord avec lui, « Haut-Potentiel » laissant supposer que quelque chose va se révéler un jour… Ce professeur psychologie attaché à l’ENS a également évoqué la nécessité de distinguer les « hauts QI » qui consultent de ceux qui se portent bien et qui sont la majorité. Tous les intervenants s’accordaient d’ailleurs pour dire qu’aucune étude épidémiologique n’a été réalisée à ce jour, c’est-à-dire sur l’ensemble de la population des hauts QI. Pour conclure, ce fut une soirée enrichissante qui permettait de se faire sa propre idée sur ce que sont les Hauts QI grâce à la diversité des intervenants invités. Le test de QI a d’emblée été présenté comme présupposé fiable pour mesurer l’intelligence. Néanmoins les résultats aux tests de QI ne donnent pas toujours le même écart-type selon les psychologues. Par ailleurs, le test de QI ne mesure pas l’hypersensibilité. Les tests neurocognitifs semblent être une solution intéressante pour mesurer l’intelligence des Hauts QI, notamment en terme de connectivité.


Enfin, côté scolaire, je me suis posé une question: est-ce que l’école, dont le niveau a tellement baissé, nourrit assez les Hauts QI ? Florence Pâris, référente académique de Paris pour les élèves hauts-potentiels, a présenté deux exemples d'élèves de 14 ans en 2ème année post-bac. Ne faudrait-il pas les stimuler davantage, notamment par des activités extra-scolaires pour éviter un trop grand décalage entre niveau d'étude et maturité affective ?


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*centres de « consultation psychologique intégrative » diagnostiquant notamment les personnes "HP"

Photo by Anton Darius on Unsplash

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